L'importance du Logiciel Libre dans l'enseignement en Afrique

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L’Association Ivoirienne pour Linux et Logiciels Libres (AI3L) a procédé le samedi 03 avril 2014, à l'investiture du Club Linux et Logiciels Libres (C3L) de l'Unité de Formation et de Recherche (UFR) des Sciences Fondamentales Appliquées (SFA) de l'Université Nangui Abrogoua d'Abobo-Adjamé à Abidjan. Représentés en grande nombre, les membres du bureau de l'AI3L ont profité de cette rencontre pour animer une conférence sur le thème : « Importance du Logiciel Libre dans l'Enseignement et la Recherche ».



Définir le Logiciel Libre dans le milieu universitaire

Cette rencontre était l'occasion de présenter à ces futurs décideurs, les enjeux de l'adoption des Logiciels Libres dans l’éducation en Côte d'Ivoire. Pour mettre tous les participants au même niveau d'information, il était bon de revenir sur la définition du Logiciel Libre, sujet central de cette rencontre.

Placé dans le conteste du milieu estudiantin et universitaire, on peut se permettre de définir le Logiciel Libre, comme un logiciel qui respecte la liberté des utilisateurs c'est à dire les étudiants et les enseignants-chercheurs, et la liberté de la communauté donc de toute la famille universitaire.

Cette liberté se décline en 4 règles fondamentales :

  • la liberté d'utiliser le logiciel pour tous les usages comme l'entendent les étudiants et les enseignants

  • la liberté d’étudier le fonctionnement du logiciel afin de le modifier au besoin pour qu'il fasse ce que souhaitent les étudiants et leurs enseignants. Pour cela ils doivent justement avoir accès aux codes sources

  • la liberté d'aider d'autres étudiants en leur donnant une copie du logiciel

  • la liberté de contribution en redistribuant les copies des modifications effectuées par les étudiants et leurs enseignants.

Les étudiants découvraient ainsi les valeurs fondamentales du Logiciel Libre, qui s'appuient sur des notions de solidarité sociale.



Mais pourquoi des logiciels libres ?

Les logiciels libres existent tout simplement parce des développeurs et éditeurs de logiciels ont décidé de confisquer la liberté élémentaire des utilisateurs d'applications en concevant des logiciels non libres appelés logiciels privateurs. Ces logiciels privent les étudiants africains en général et les étudiants ivoiriens en particulier de leur liberté en les laissant divisés et impuissants. Ces logiciels interdisent aux étudiants de partager le programme donc d'aider leurs amis de classe. Avec un plan malveillant, Ils tentent de dénaturer le sens des mots, des principes et des concepts par des discours et des articulations marketing. L'un de ces éditeurs privateurs a même réussi à faire accepter aux étudiants que le logiciel qui permet de faire du traitement de texte s'appelle Word. Grosse arnaque intellectuelle ! Le bon sens voudrait plutôt qu'on parle d’éditeur de texte et aussi de logiciel de présentation/diaporama au lieu de Powerpoint. Voici comment l'enseignement est influencé par les discours marketing des éditeurs de logiciels privateurs.



Comment les universités sont devenues des instruments marketing

Les universités et les instituts de formation devraient renoncer à l'utilisation des logiciels privateurs dont le coût d'acquisition reste aujourd'hui inaccessible. Cette seule raison devrait interpeller le système éducatif mais comme l'explique Dr Richard Stallman, cette raison est superficielle car des raisons plus profondes devraient être présentées aux universités. Lorsque des enseignants forment exclusivement sur des logiciels privateurs dans les écoles d’ingénieurs et universités, ils s’érigent en commerciaux non rémunérés et transforment leurs étudiants en potentiels clients pour ces grosses firmes éditrices de logiciels privateurs. Un logiciel qui a été enseigné pendant plusieurs années à des étudiants est justement celui-là même qu'ils vont acheter lorsqu'ils seront en entreprise. Souvent dans les universités, ces éditeurs donnent un accès gratuit aux logiciels afin de rendre ces étudiants entièrement dépendants de leurs logiciels et eux à leur tour l'imposeront à leur future entreprise. Ils imposeront ainsi leurs logiciels à tout un système, tout un pays, tout un continent et voire au monde entier.

Ce plan malsain qui passe souvent inaperçu, désoriente la mission sociale et scientifique des universités, car les éditeurs se servent des institutions publiques de formation comme instrument pour imposer une dépendance permanente au monde.



La priorité aux logiciels Libres dans l’éducation

L'utilisation des logiciels privateurs dans l’éducation favorise le culte technologique . « Ne cherche pas à comprendre comment la technologie a été conçue, contente-toi de l'utiliser en ne faisant que cliquer», tel est le discours que l'on tient à nos universités. Pourquoi donc former des étudiants sur des systèmes dont ils seront des utilisateurs à vie, sans possibilité de contributions directes ? L’État dépense t-il autant d'argent pour former des consommateurs à vie ? Comment peut-on former des étudiants dans la division (on leur interdit d’échanger des logiciels et programmes) et leur demander de travailler en collaboration lorsqu'ils seront en entreprise ? Voici le schéma de l’éducation que nous imposent les logiciels privateurs.

Pour former de très bons développeurs d'applications en Côte d'Ivoire, nos étudiants doivent avoir accès aux codes sources des logiciels et étudier leur fonctionnement. Ils doivent relire les codes des applications développées par de très bons développeurs pour ainsi monter en compétences. Cela est malheureusement interdit par les logiciels privateurs !

Lorsqu'on forme des étudiants sur des logiciels qu'ils doivent payer pour réutiliser chez eux à la maison pendant leurs révisions, sachant que ces jeunes n'auront jamais les moyens de se prendre des licences, qu'est ce qu'on espère ? Ne leur demandons-nous pas ainsi d'aller rechercher des licences piratées sur internet ? Ce n'est pas cela la mission des universités. L’éducation enseigne une bonne citoyenneté et ne doit pas courager le vol de licence ou le piratage de logiciel. Seul le logiciel Libre nous permettra d'inculquer à notre jeunesse l'esprit de bonne volonté et le réflexe d'aider les autres avec un engagement honnête et citoyen. Ils pourront ainsi simplement prototyper leurs idées avec des briques de logiciels libres et même avoir des laboratoires libres d'apprentissage chez eux à domicile. Pourquoi conditionner les techniques de traitement des résultats des recherches par l’évolution des logiciels privateurs, alors que nous pouvons modifier des logiciels libres pour qu'ils traitent les résultats des recherches universitaires exactement comme le souhaitent les doctorants et chercheurs. Ce n'est pas au monde universitaire de se soumettre à l’évolution technologique d'un éditeur quelconque mais plutôt d'adapter son informatique à ses besoins. Et seul le logiciel libre peut nous accompagner dans ce sens. Savez-vous combien de données et résultats de recherches universitaires sont aspirés vers d'autres serveurs inconnus par des portes dérobées présentes dans la plupart des logiciels privateurs ? Recherche et innovation ne rythment qu'avec le Logiciel Libre !

Si nous sommes tous convaincus que l’école ivoirienne a une mission sociale, celle d'éduquer les futurs décideurs à être des citoyens honnêtes qui n'ont pas passé le clair de leur temps à cracker des logiciels pour apprendre, donc à voler pour se former

Si nous nous accordons tous, pour donner au système éducatif ivoirien la mission de former des citoyens d'un nouveau type pour une société capable, forte, solidaire, indépendante et Libre,

nous devons donner la priorité aux Logiciels Libres dans l’éducation !




Florent YOUZAN

[extrait de la conférence prononcée le 03 mai 2014 à l'Université Nangui Abrogoua – Abidjan, Côte d'Ivoire]

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