Albéric Chimon, une vision si riche mais une vie trop courte

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Le professeur Albéric CHIMON, à l'Université Cheickh Anta Diop de Dakar - Sénégal


Albéric ne recevra certainement pas ces lignes sur l' écran de sa tablette ou de son smartphone mais ceux qui l'ont connu et qui ont profondément été impactés par la simplicité de l'homme, mêlée d'un profond professionnalisme avec un goût prononcé pour l'enseignement, vecteur de tout développement, lui transmettrons la teneur de ce témoignage.

Je voudrais imprimer ses lignes en pensant fortement au Professeur Albéric Chimon, ingénieur chercheur en réseaux sans fil et technologies ouvertes, et directeur du Laboratoire mobile de recherche en réseaux sans fil, énergies renouvelables et technologies ouvertes : Labomobile.

J'ai le clair souvenir de ce humble chercheur, avec une tête bien faite , plongée dans le numérique et l'innovation frugale mais avec les pieds sur son territoire et proche des réalités des populations africaines. Albéric a été pendant 4 ans mon formateur et mon directeur dans les projets de recherche sur les technologies frugales. Je garde une profonde image de ce chercheur qui a impacté ma vie en se donnant corps et âme pour nous offrir un enseignement sur les techniques de recherche et d'innovation répondant aux besoins spécifiques des africains. un visionnaire qui croyait particulièrement au développement de l'Afrique, mais un développement axé sur l'innovation pédagogique. Pour cela, il avait refusé tous les postes que lui proposaient les institutions internationales, pour se consacrer à la recherche au sein du Labomobile. A ces cotés, j'ai réussi à monter en compétences techniques. Il m'a aussi et surtout transmis le savoir et la connaissance. Il a réussi à me séduire et m'imprimer son discours fort simpliste qu'il se plaisait à répéter dans les couloirs du laboratoire : « j'ai le devoir et l'obligation de transmettre mon savoir à la jeunesse africaine pour que ce continent réussisse sa transition numérique, une transition numérique menée par la jeunesse ».

Il le répétait à chacun de ses étudiants, avec une passion et une énergie particulières, tout en vaillant à se débarrasser de son titre de professeur qu'il méritait amplement. Albéric, surprenait toujours ces auditeurs lorsqu'il répétait avec un léger sourire : « je ne rendrai pas service à la jeunesse africaine en restant dans les bureaux des institutions internationales mais plutôt en tutoyant cette jeunesse dans les laboratoires ouvertes et transversaux. »

Il y a 10 ans, je faisais la connaissance de cet homme en intégrant son laboratoire de recherche. Son approche de l'enseignement et de l'encadrement était pour moi une innovation de rupture dans la formation. Quant il s'agit de parler de lui, je me demande si mes mots auront du caractère et si mes caractères auront la meilleure courbure. Mais, à regarder de près, Albéric mérite d’être honoré même si cela ne tient qu'en 2 phrases. Les phrases ne réussiront pas à décrire l'homme que j'ai connu mais le relief que crée l’émotion dans ces phrases nous rapprocheraient de la reconnaissance à laquelle a droit cet enseignant chercheur visionnaire.

Albéric, je vais maintenant m'adresser à toi, cher Maître. Ta vision de l'enseignement et de l’éducation à dessiner en traits forts les chemins de ma vie de bidouilleur et de libriste. De Yaoundé à Abidjan en passant par Niamey, Kinshasa, Cotonou, Lomé, Conakry et Bamako, en pionner de la pédagogie inversée tu n'as cessé de me répéter : « Florent, le savoir s'acquiert et se transmet, veuille à ce que cela reste un credo pour toi ! » . Tu avais tout sacrifié, ton temps, ton énergie et même ta famille pour l'enseignement car pour toi : « La réduction de la fracture numérique passe par la formation d'une masse critique de jeunes africains à la maîtrise des technologies innovantes ».

Albéric, tu n'auras jamais ce témoignage entre les mains, car tu nous as quitté beaucoup trop tôt mais je voudrais que le monde entier sache comment tu as impacté ma vie. Pour moi tu étais un visionnaire, un non conformiste. Tu étais de ceux qu'on appelle aujourd'hui les crapauds fous. Ceux qui créer l'innovation dans le métier de l'enseignement par la transgression des règles ancestrales. Il y a 10 ans, tu m'expliquais comment une invention adaptée aux réalités des populations devient une innovation lorsque les populations s'en approprient pour créer une économie. C'est ainsi , cher maître que tu définissais l'innovation. A tes côtés et sous ton impulsion j'assurai il y a 10 ans mes premières heures en tant que tuteur en e-learning pour l'Université de Laval qui dispensait un module de formation à distance sur les réseaux sans fil. C'est littéralement en me tenant la main que tu m'as appris l'animation des classes virtuelles et ouvertes à tous. Tu me disais que la formation à distance sera l’avenir de l'enseignement en Afrique et je peux te le dire c'est aujourd'hui un axe stratégique de développement de la formation dans plusieurs pays dont la Côte d'Ivoire.

Il a 10 ans , Albéric, tu me formais à la diffusion des formations et des programmes « All in One » et « Wireless Academy for Development » avec des classes virtuelles, ouvertes et accessibles à toute la jeunesse africaine. Eh oui ! Ce qui était une rupture pour moi et l'expression de ta vision des classes ouvertes à tous est aujourd'hui pratiquée par plusieurs universités sous l'appellation de MOOC ou CLOM. Te rappelles tu du modèle de financement basé sur la théorie du trois-tiers (3/3)  ? Dix ans après, ce modèle économique est aujourd'hui intégré dans nos projets ouverts et ascendants. Tu m'expliquais que les liens sociaux devraient être utilisés comme vecteur de transfert de compétences. Plus qu'un directeur de recherche, tu étais pour moi, un maître, un aîné, un frère, un ami et surtout un guide attentionné et infatigable.
Albéric, j'avais voulu dans mes premières heures au sein du Labomobile, tout abandonner pour me consacrer à la recherche ouverte et à l'innovation ascendante. Je me rappelle de ta réponse :  « ce n'est as encore le moment ! lorsque l'heure viendra, ton choix se fera de manière spontanée ». Plusieurs années après, j'ai fait le choix et en effet ce fut spontané mais peut être beaucoup trop tard pour que tu vois celui que je suis devenu.

Je tiens à saluer ta mémoire et te dire combien de fois, tu as dessiné mon profil professionnel en trait doré.


Comme toi, il y a à travers le monde des professionnels de l'enseignement qui ont changé le quotidien de leurs élèves et étudiants et pour leur rendre hommage, la journée du 05 octobre leur a été dédiée. Professeur Alberic Chimon, je te célébrerai certes le 05 octobre mais je te porterai à jamais dans mon cœur. Merci pour le chemin, merci pour la vision, merci pour l'Afrique … merci Prof.
Hacker vaillant rien d'impossible.

Si comme moi, vous pensez qu’un de vos enseignants a marqué votre vie, alors dites lui #merciprof en envoyant votre histoire pour participer au jeu-concours de la Fondation MTN Côte d’Ivoire.

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fyouzan

Author: fyouzan

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